6.
- DJERBA ou le mirage pan-arabe
A la charnière du Maghreb et du Machrek, la Tunisie est un pays très courtisé. Moins d’un an après avoir maladroitement éconduit le colonel Boumediene au Kef, en mai 1973, pour sa proposition d’union avec l’Algérie, nous allions faire l’objet de la part de notre autre voisin Kadhafi, d’une tentative encore plus pressante d’union forcée avec la Libye. Djerba, l’île d’Ulysse et des Lotophages, allait rester dans la mémoire des Tunisiens comme le lieu, ce samedi 12 janvier 1974, où le nom même de Tunisie faillit s’effacer derrière celui de “République arabe islamique”.
Bien avant l’avènement de Kadhafi, le 3 janvier 1957, Bourguiba lui-même avait développé le thème du “Grand Maghreb arabe” et de l’unification de l’Afrique du Nord, “depuis Salloum en Libye jusqu’à Casablanca au Maroc”. Le 6 janvier, était signé, à Tunis, un traité de fraternité avec la Libye, que Nasser critiqua immédiatement, accusant Bourguiba et le roi Idriss Senoussi de chercher à diviser les Arabes.
Au mois de mai suivant, le Combattant suprême effectuait, à Tripoli, sa première visite officielle. De part et d’autre, on s’attacha à souligner la solidarité qui s’était manifestée entre nos deux peuples, notamment lors de la conquête italienne, quand plus de 35 000 Libyens avaient trouvé refuge en Tunisie. Bourguiba, d’ailleurs, aimait rappeler ses origines : “Mon trisaïeul, qui s’appelait El Haj Ali, avait émigré de Libye, de Masrata, et c’est pourquoi la famille de Bourguiba, à Monastir, habite dans le quartier des Tripolitains”.