6 - DJERBA ou le mirage pan-arabe
" La crise du “plateau continental "
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A l'approche de Tunis, le pilote demande l'autorisation d'atterrir. Elle lui est refusée. Il insiste, l'avion prétend-il, n'a plus de carburant. Ce n'était pas vrai : le vol de Tripoli à Tunis dure normalement prés d'une heure, et je savais qu'il avait fait le plein à Tripoli, s'assurant ainsi plusieurs heures de vol. Le refus est confirmé, les pistes sont impraticables, toutes les lumières sont éteintes. Plusieurs tours de l'avion au-dessus de l'aéroport et des simulacres d'atterrissage sur la piste obscure ne nous font pas changer d'avis. Le suspense va durer ainsi près d'une demi-heure - combien longue et interminable - Enfin, l'avion vire de bord et se dirige vers Alger où il atterrit sans encombre, à 3 h 35. Les otages sont immédiatement relâchés à l'aéroport d'Alger pour repartir dans leurs pays respectifs. Et le commando s'évanouit dans la nature...
Mais pourquoi tout cela ? Quels étaient les vrais objectifs d'une opération aussi spectaculaire (seize ministres en otage !) et si rapidement conclue sans résultats apparents ? Nous étions peut-être mêlés à l'aventure beaucoup plus que nous ne nous en doutions. Certains avançaient que toute l'opération aurait été alors commanditée avec un seul objectif : l'escale envisagée à Tunis pour exiger l'embarquement du transfuge Omar Mhichi. Cependant, rien de tout cela n'ayant été "prouvé ou officialisé", nos relations avec la Libye n'en parurent pas davantage affectées sur le moment.
Mais la pression ne va pas, pour autant, diminuer. Le cas Mhichi devient de plus en plus obsessionnel. Après avoir géré difficilement l'incursion à Tunis de l'équipe libyenne de "recherche" du "consul" Salem Said pendant près de trois mois, de septembre à novembre 1975, nous voilà devant la relève avec Mohamed Ben Ali Ben Nael, que mes services connaissent bien comme l'un des agents des plus importants de la sécurité libyenne.. Il séjournera à Tunis, de novembre à décembre, puis sera relayé par un autre groupe à une date curieuse : le 21 décembre, date qui coïncide, étrangement, avec celle du détournement de l'avion de l'OPEP.
Point de répit. Nous apprenons, un mois plus tard, fin janvier 1976, qu'un entrepreneur tunisien, Raouf M'henni a "disparu" à Tripoli. Notre consulat ne peut en obtenir la moindre nouvelle, les autorités libyennes "ne savent rien". On ne tarde pas à soupçonner un enlèvement politique et à faire facilement le rapprochement avec le cas Mhichi. Certains de mes collègues tempêtent, je conviens avec le Président et le Premier ministre d'éviter toute escalade. Il faut d'abord rassurer la famille : nous continuerons nos démarches et nos recherches. Il faut aussi faire taire les médias et calmer la réaction populaire pour éviter les complications.
Nael réapparaîtra à la frontière de Ras Jedir, le 29 février, sous le faux nom de Tajouri et sans que mes services le reconnaissent immédiatement. Il est rejoint le 2 mars, par deux compagnons jeunes soldats qui nous permettent son identification. Le 8, nous arrêtons les deux comparses qui nous révèlent des choses inquiétantes : ils récoltaient le maximum de renseignements sur notre Premier ministre et sur ses habitudes quotidiennes... Tout cela sous la conduite de Nael qui, depuis l'arrestation de ses compagnons, ne quittait plus le consulat et se déplaçait exclusivement dans une automobile diplomatique. Nous finissons cependant par l'appréhender, le 12, au moyen d'un subtil stratagème : la police l'a cerné entre la porte du consulat et la voiture, sur les 3 mètres de trottoir non couverts par l'immunité diplomatique. Les deux jeunes soldats faisaient des aveux, mais leur chef Nael jouait l'amnésique en donnant des versions rocambolesques, tout en paraissant sûr d'être libéré.
Pour sa part, le 5 avril, Kadhafi déclarait tout bonnement à Selou : "Lorsque Omar Mhichi s'est réfugié en Tunisie, les officiers unionistes libres décidèrent de le pourchasser et de le châtier. Ils décidèrent de mettre à exécution, par l'intermédiaire de leurs propres soldats, la sanction, c'est le sort qui doit être réservé à tout traître comme Mhichi (...) C'est pour cela qu'ils envoyèrent trois de leurs soldats pour s'occuper de Mhichi seulement".
Le 7 février 1976, j'avais déjà accompagné Mhichi à l'avion : il partait, à sa demande, pour Le Caire rejoindre son ami Abdelmoumen El Houni, qui avait fui la Libye avant lui, et qui était aussi membre du Conseil de la Révolution, ancien responsable des services de Sécurité et ex-ministre des Affaires étrangères. Plusieurs amis étaient venus le saluer, pathétiquement, en lui conseillant la plus extrême vigilance.
[Plus tard, son avion - à destination de Jeddah - fit escale inopinément à Tripoli : Mhichi y fut appréhendé.]
Le procès de Nael s'ouvrit le 20 avril devant la Cour de sûreté de l'Etat et fut largement médiatisé. L'acte d'accusation comportait, en outre, la tentative d'assassinat de notre Premier ministre... Nael fut condamné à la peine capitale et ses deux complices à deux ans de prison seulement, vu leur coopération avec la justice. Le jour même de la sentence, le 23 avril, à 11 heures, l'armée libyenne intercepta un groupe de trois militaires tunisiens et leur jeep, qui se ravitaillaient en eau au puits de Mchiguig sur notre territoire, juste à la frontière.
De longs mois vont se passer dans une lourde atmosphère où notre vigilance sera extrême. On pouvait tout craindre de dirigeants libyens qu'on sait imprévisibles et tenaces. Cependant, des deux côtés, on s'attachait à calmer le jeu, sachant que - comme pour les autres fois et pour les mêmes raisons politiques et économiques -, la crise entre les deux pays ne pouvait pas se prolonger. En effet, le 25 mai, Kadhafi saisit l'occasion du décès de notre ministre de la Défense, Hédi Kefacha, pour envoyer une délégation présenter ses condoléances, conduite par le ministre Bouzid Dourda. Le connaissant bien, nous conversâmes utilement : il était chargé de nous sonder et d'exprimer les bonnes dispositions nouvelles de son pays. Le 27, le Président le reçoit à Monastir, et là, après avoir écouté longuement l'émissaire libyen, Bourguiba exprime son souhait que nous dépassions rapidement nos difficultés.
Le Président décida alors, le 1er août, de m'envoyer en mission spéciale auprès du chef d'Etat libyen, déclarant qu'il "me faisait confiance pour démêler l'écheveau...". Je lui présentai une étude minutieuse des données politiques de toutes les informations confidentielles obtenues de mes services, il convint de minimiser l'importance des incidents successifs, et me conseilla de régler les problèmes pendants ; s'attachant aux problèmes de fond, il souligna la nécessité d'une "cohabitation sereine et durable entre les deux pays".
C'est ce dont je discutai avec Kadhafi pendant plus de trois heures, jusqu'à 2 h 30 du matin, sous la tente qui lui servait de bureau. L'heure était normale pour Kadhafi - noctambule bien connu - qui, d'emblée, s'était efforcé de me mettre à l'aise. Courtois, intelligent mais très rusé, à la bédouine, dialecticien, glissant jusqu'à la métaphysique quand il parlait de son "Livre vert" et de sa "troisième théorie", il savait ce qu'il voulait. Je n'étais pas moins que lui tourné vers le futur, mais je soutins en quelques répliques que nos deux pays pouvaient dans l'entente construire un grand avenir commun. Je déplorai, très "diplomatiquement", la hâte de la rencontre de Djerba qui avait agressé nos opinions publiques... Il répliqua en parlant de "sa vision historique" et en vantant les qualités de Bourguiba "le grand homme du siècle dont seul l'entourage était primaire". Il fit aussi allusion à la "cupidité algérienne" (...). Une entité tuniso-libyenne était, d'après lui, la meilleure réponse à notre appréhension au sujet du plateau continental ; mais si notre intention était de soumettre le litige à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice, il me dit, avec hauteur, s'y résoudre, "si c'était le désir exprès de Bourguiba". Je lui rétorquai que le Prophète avait conseillé le respect du voisin, que nous étions condamnés à vivre et survivre ensemble et que la conjoncture internationale imposait de plus en plus les regroupements régionaux. Nous épiloguâmes longuement sur les alternatives : la primauté au politique ou à l'économique, la méthode Bourguiba de l'évolution par étapes ou la formule maoïste des "grands bonds en avant", la priorité à la transformation des mentalités ou à celles des structures..." Bref, je sentais que je réveillais la conscience du révolutionnaire, et lui, mesurait certainement ma sincérité.
Il conclut que pour lui la page était tournée et qu'il faudrait en terminer avec ces accusations réciproques. Il répéta qu'il avait pleine confiance en Bourguiba et, par complaisance pour moi, qu'il souhaitait me revoir souvent. Plus concrètement, il me demanda de prendre contact, avant mon départ, avec le directeur du conseil de la révolution et son confident privilégié, Chérif Ben Amer. A 2 h 30 du matin, j'étais épuisé, lui beaucoup moins : il dormait tous les jours de 15 heures à 19 heures, et frétillait ainsi toute la nuit. L'audience se termina par les embrassades rituelles ; et un sentiment de délivrance remplaça la tension qui ne m' avait pas quittée depuis mon départ de Tunis.
Le lendemain, je sympathisai avec Tahar Chérif qui, émerveillé des heureuses dispositions de son patron, m'annonça son arrivée prochaine à Tunis.
Dès mon retour, le 1er août, je fis relation de tout au Premier ministre qui affecta, sans conviction, de croire à la transformation de Kadhafi. Puis, le lendemain, je me rendis à Monastir où le Président, me recevant aussitôt, écouta en silence mon long compte rendu. Nous convînmes qu'on devait maintenant attendre les initiatives du côté libyen : "A défaut de le neutraliser, il fallait contenir le fougueux colonel, voire impliquer la Libye dans une politique de bon voisinage, même à moyen terme". Bourguiba était satisfait de la manière dont j'avais expliqué sa politique des étapes et de construction méthodique face à la philosophie "kadhafienne" de l'union immédiate comme clef de tous les bonheurs possibles. Il s'intéressa particulièrement aux nouvelles dispositions du colonel quant au plateau continental.
L'initiative libyenne ne tarda guère. Le 24 août 1976, Tahar Chérif Ben Amer arrivait à Tunis, porteur d'un message de Kadhafi à Bourguiba. Je fus chargé par le Président de m'entretenir au préalable avec lui. J'appris alors que, répondant à ma visite et "afin de dépoussiérer le chemin de la concorde". Kadhafi acceptait sans enthousiasme notre proposition d'en référer à la Cour de Justice de la Haye pour la délimitation des zones tunisienne et libyenne du plateau continental ; cependant, la Libye "aspirait à une exploitation commune provisoire jusqu'à la décision de l'instance internationale".
Cette formule suscita aussitôt entre le Président, le Premier ministre et moi-même une vive controverse. Nouira s'en tenait solitairement mais fermement à sa position : il fallait d'abord "départager" nos patrimoines respectifs avant toute décision d'exploitation commune. Chatti et Klibi vinrent se joindre à nous. La discussion fut animée. Retrouvant son sens du réflexe politique, Bourguiba, en ce laps de temps, fixa notre position : "Accepter le principe du recours à la Haye et, aussi, celui du principe d'une exploitation commune transitoire" : ce qui contredisait le point de vue farouchement soutenu par le Premier ministre.
A 11 h 30, le Président reçut Chérif Ben Amer en présence de Klibi, de Chatti et de moi-même, en l'absence de Nouira. Le messager exprima "le respect, la considération du colonel Kadhafi pour Bourguiba", puis transmit la proposition dont il m'avait entretenu deux heures plus tôt. Bourguiba lui donna son accord, se dit satisfait d'une telle formule et le pria de transmettre sa sympathie "paternelle" au leader libyen. Après le déjeuner, inopinément, mais par décision présidentielle, nous élaborons et - après une brève consultation d'un côté comme de l'autre - nous signons, Tahar Chérif et moi-même, le communiqué commun suivant :
"Dans le souci de renforcer les relations de bon voisinage et de coopération entre les deux pays frères, les gouvernements libyen et tunisien ont décidé d'un commun accord de soumettre le problème de la délimitation du plateau continental à la Cour internationale de justice pour qu'elle tranche sur cette affaire. Dans l'intervalle, les consultations se poursuivront entre les deux parties en vue de trouver une formule transitoire pour exploiter en commun la zone du plateau continental en litige dans un cadre qui sera déterminé de concert par les deux parties, lesquelles s'engageront en outre à appliquer le jugement que rendra la Cour internationale de justice".
Afin de concrétiser davantage la normalisation des rapports, notre ambassadeur, Mahmoud Charchour, rappelé depuis les événements, devait rejoindre Tripoli ; son homologue libyen Joma Fezzani, lui, n'avait pas quitté son poste de Tunis.
Le Premier ministre réunit le lendemain un conseil interministériel et y fit assister une pléiade de ministres, dont moi-même, et des techniciens du pétrole. Il ne fut question que de la procédure à entamer devant la Cour de la Haye ; le deuxième volet concernant l'exploitation commune provisoire fut passé sous silence. Personne ne souleva la question et, à la sortie, certains de ses proches collaborateurs avançaient, sans conviction, que ce volet était simplement différé.
Je m'astreignis au silence, ne voulant ni gêner le Premier ministre, ni exposer nos divergences devant tous ces techniciens. J'aurais peut-être dû réagir, surtout auprès du Président, car c'était un problème national et vital au-delà de toute considération personnelle : l'exploitation commune provisoire, que nous aurions pu cantonner dans un cadre commercial et économique, aurait pu déboucher sur une coopération rendant inutile un recours hasardeux à la Haye. [Les réserves off shore du plateau continental étaient évalués à 200 millions de tonnes avec une exploitation possible de 20 millions par an, soit près de 10 millions en cas d'exploitation commune].
On ne tarda pas, d'ailleurs, à subir les premières conséquences de cette faute. Au cours des discussions bilatérales ultérieures, la délégation tunisienne ignora cette disposition du communiqué commun et s'évertua à développer sa conception des lois internationales qu'elle voulait faire appliquer au litige par la Cour de la Haye. La partie libyenne s'en offusqua et proposa qu'on demandât l'arbitrage pur et simple de l'instance internationale. Une deuxième réunion entre les deux parties essuya le même échec.
Le 18 décembre, à l'occasion du débat sur le budget des Affaires étrangères, le ministre Chatti avoua aux députés que "la discussion s'apparentait à un dialogue de sourds". En fait, c'était l'ensemble de nos différends avec la Libye qui remontait à la surface. L'atmosphère se tendit à nouveau quand Chatti, soucieux de ne pas laisser l'initiative à Tripoli, déclara encore : "Nous exigeons la libération de tous les Tunisiens détenus en Libye : les militaires retenus en otage et l'entrepreneur Mhenni en contrepartie du relâchement des Libyens arrêtés en Tunisie...". Nous revenions ainsi au point de départ par ce coup de semonce, peut-être nécessaire, mais dont la publicité entrava les pourparlers discrets, de règle en pareil cas.
La Libye, directement, ne réagit pas. Cependant, le 12 janvier 1977 - comme tous les autres 12 janvier depuis la rencontre de Djerba en 1974, - des manifestations animées par les "comités populaires", surtout à Tripoli et aux confins, se dirigeaient jusqu'aux portes de la Tunisie pour coller des copies de la déclaration unitaire de Djerba sur les barrières frontalières. Dans le même temps, l'anniversaire de l'union avortée était célébré avec maints commentaires dans les médias libyens.
Sur ces entrefaites, le 25 janvier, un message de notre ambassadeur à Tripoli nous apprit que l'entrepreneur Raouf Mhenni avait réussi à s'évader et se trouvait dans la résidence, qui fut alors presque encerclée, mais à distance par la police libyenne. On répondit à notre représentant qu'il s'agissait d'exercices normaux de sécurité. Prêchant le calme pour éviter des provocations, je demandai à notre ambassadeur de ne pas quitter sa résidence et de rester aux côtés du fugitif. Informé, le Président ne s'en émut pas outre mesure ; et nous recommandâmes aux médias de ne pas ébruiter l'affaire afin de faciliter sa conclusion.
Mais la situation ne pouvait s'éterniser. Je proposai de prendre directement contact avec mon homologue, Khouildi Hmidi, membre du Conseil de la révolution et le plus proche du colonel. Depuis le bureau du Premier ministre, je l'appelai au téléphone et l'informai des détails de la situation. Sa réponse fut, bien sûr, évasive. Il "n'était pas au courant", il allait me rappeler une heure après. En attendant, je devisais avec le Premier ministre qui ne voyait pas de solution immédiate, la Libye ne pouvant être amenée à résipiscence. Je lui proposai de tenter le coup d'aller moi-même à Tripoli. Agréablement surpris, il accepta tout en me disant honnêtement ses craintes : quelle catastrophe personnelle si je rentrais bredouille !
Nouira avisa cependant le Président qui me prit au téléphone et me dit toute sa confiance. Peu après, c'était Khouildi, qui appelait, me confirmant sa première position et s'évertuant par allusions à me demander de lui laisser du temps. J'avais pressé le bouton de l'amplificateur et Nouira écoutait. J'annonçai à Khouildi que je voulais venir tout de suite à Tripoli. Eberlué, il me demanda d'attendre son appel. Tendus, nous n'attendîmes pas longtemps ; Khouildi était certainement auprès de Kadhafi : on acceptait de m'accueillir. J'insistai, je voulais ramener Mhenni avec moi à Tunis. Mon interlocuteur, gêné, finit par me dire que "je ne serais pas mécontent". Ouf !
C'est ainsi que le 1er février, j'atterris à Tripoli, à nouveau chargé d'une mission spéciale par le président Bourguiba. Nous avions au préalable tenu une séance de travail dans le bureau du Président avec le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et celui de la Défense. La discussion concernant le plateau continental fut quelque peu affligeante. On souligna à plaisir la justesse de notre noble cause, on assura le Président que la Cour nous donnerait raison, car notre dossier était en "en béton". On affirma que notre marine nationale ferait son devoir. On s'étendit enfin complaisamment sur la mauvaise foi du colonel Kadhafi. On savait pourtant que l'affaire était délicate, qu'on n'était absolument sûr de rien et que la Cour prendrait quelques années avant de décider. Une fois de plus, personne n'osa discuter du deuxième volet de notre accord initial, à savoir l'exploitation commune provisoire. Il eût pourtant été tentant de bénéficier, sans attendre, de l'appoint financier qui pouvait en résulter, tout en cantonnant la Libye dans un accord classique d'entreprise mixte jusqu'à l'arbitrage de la Cour. Il n'y avait pas à redouter un retour en force de l'offensive unitaire, l'accord restant circonscrit à la seule exploitation du plateau continental. Mea culpa, encore une fois, je mordis le mors, ne voulant pas affronter le Premier ministre et gêner le Président qui, cette fois, interloqué, ne trancha pas.
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