6 - DJERBA ou le mirage
pan-arabe
"
La crise du “plateau continental "
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Bref, je partis le lendemain
avec mission de ramener Mhenni et de régler le problème des détenus.
A Tripoli, je fus accueilli par mon ami Khouildi avec qui je tins à avoir
une longue conversation préparatoire, avant de me jeter à l'eau.
Très vite, nous règlâmes les problèmes du retour
de Mhenni : la Libye souhaitait éviter une exploitation médiatique
de ces incidents. En outre, nous évoquâmes le problème de
nos prisonniers respectifs, Nael et ses complices ainsi que les trois soldats
tunisiens enlevés. Nous convînmes du principe de résoudre
rapidement cette question et je promis "un premier geste" du Président
Bourguiba. [En effet, dès mon retour, le chef d'Etat accepta ma proposition
et amnistia les deux compagnons de Nael qui furent remis aux autorités
libyennes à la frontière].
Quant au plateau
continental, Khouildi me fit quand même remarquer que nous regretterions
amèrement de refuser l'exploitation commune.
Le soir même,
je fus reçu pendant près d'une heure par Kadhafi, plus incantatoire
que jamais, et qui me dit approuver mon accord avec Khouildi sur ces "fâcheux
incidents". J'évoquais brièvement et pour le principe la
question du plateau continental. Kadhafi, très à l'aise, mais
avec beaucoup d'ironie, me dit "qu'il jugeait le problème résolu
par notre décision commune de nous adresser à La Haye, où
chaque pays présenterait ses arguments". Pas un mot de l'exploitation
commune. Autant j'avais pu être ébranlé par les assurances
prodiguées par mes collègues au Président, autant j'ai
pu mesurer la certitude du colonel quant au bon droit de la Libye. Bref, le
moment n'était pas propice aux dissertations, et je n'insistai pas. A
la sortie, la porte entrouverte, Kadhafi me lança qu'il "avait confiance
dans les générations futures", en ajoutant des éloges
sincères pour le "seul et exceptionnel" Bourguiba.
Rentré à
la résidence de l'ambassadeur, j'avisai Tunis de mon retour, réservant
la primeur de mes conversations au Président en délaissant l'usage
traditionnel des premiers messages chiffrés. Nous gagnâmes l'aéroport,
Mhenni, Charchour et moi dans la voiture de l'ambassadeur, en prenant soin de
nous faire suivre par deux autres voitures de la chancellerie. Tout se passa
bien et nous arrivâmes à Tunis, aussitôt submergés
à l'aéroport par l'émotion de la famille Mhenni et les
questions des journalistes, avides de sensationnel. Soucieux de faire baisser
la tension, je choisis de minimiser l'affaire : "Nous devons considérer
de tels problèmes comme accidentels", déclarai-je à
ma descente d'avion. Suivant, lui aussi, nos conseils de pondération,
Mhenni remercia tout le monde, depuis notre Président et notre gouvernement
jusqu'au colonel Kadhafi avec une mention spéciale de reconnaissance
à mon égard.
Puis je fus aussitôt
reçu par Bourguiba pour un compte-rendu détaillé des événements.
Il écouta, manifestement contrarié, mon récit, quant à
la rencontre et surtout à la suffisance de Kadhafi touchant le plateau
continental. Le soir même, à la réunion du bureau politique,
en l'absence de Bourguiba, mon rapport ne provoqua pas davantage de discussion
: le problème est si grave et les opinions sont si divergentes ! Crédulement,
on pensait au gouvernement, que l'accord avec Tripoli sur le recours à
la Haye gèlerait pour quelques années l'exploitation du plateau
continental.
Les premiers jours
de février 1977, la surprise fut de taille : la Saipem, (filiale italienne
de l' ENI) installa la plateforme de forage Scarabée IV sur le site pour
procéder à des prospections pour le compte de la Libye.
Nous envoyâmes
une frégate de la Marine nationale qui enjoignit aux responsables de
la plate-forme de se retirer. Les Italiens s'éloignèrent. Mais
les Libyens, de leur côté, expédièrent aussi une
frégate sur les lieux et les deux bâtiments de guerre restèrent
à s'observer à distance.
Le contact pris avec
la Libye nous confirma que Tripoli ne voulait pas attendre la décision
de La Haye pour continuer ses recherches : "il n'y avait pas de problèmes,
ajoutait-on, puisqu'il n'y avait pas d'exploitation, c'est une simple question
de prospection". Ce n'était pas notre avis et ce fut aussitôt,
chez nous, le branle-bas de combat. Les réunions du bureau politique,
du gouvernement, les conseils interministériels, avec les techniciens
civils et militaires se succédèrent à un rythme forcené.
"La Tunisie se défendra" : répétait-on à
l'envi.
Et voilà que,
sur ces entrefaites, Khouildi s'avise de répondre à ma précédente
invitation. Le 19 février, accueilli à l'aéroport par Habib
Chatti et moi-même, il fit une déclaration bizarrement innocente
: "Je viens saluer le président Bourguiba de la part du colonel
Kadhafi et lui souhaiter nos meilleurs vux de santé. Cette visite
me permettra d'étudier certaines questions relatives aux problèmes
arabes et de chercher à consolider les rapports bilatéraux entre
nos deux pays frères".
Le lendemain, Bourguiba
reçut Khouildi, toujours en présence de Chatti et de moi-même.
L'envoyé spécial libyen réitéra la position de son
pays : "La décision de La Haye n'interviendrait pas avant plusieurs
années, Tripoli s'estimait donc en droit de procéder à
de simples prospections, qui feraient gagner bien du temps sans préjuger
des modalités futures d'exploitation, et dont les résultats profiteraient
aux deux pays". Sans être dupe, le Président répondit
seulement qu'il faisait confiance à Kadhafi pour s'abstenir d'alimenter
le conflit entre nos deux pays. Le visiteur libyen ne s'engagea pas plus avant
: Bourguiba nous convia à déjeuner : un déjeuner courtois,
comme si de rien n'était, meublé par des souvenirs réciproques
de solidarité lors de la lutte des Libyens contre l'Italie et de notre
propre combat contre la colonisation francçaise.
Le jour d'après,
à 12 h 45 et juste pour un quart d'heure, ce fut au tour du Premier ministre
de recevoir Khouildi en ma présence. Nous avions le matin évité
l'incident. Nouira se refusait à recevoir Khouildi armé, car celui-ci,
qui arborait sa tenue militaire, portait son colt à la ceinture - nous
recevions bien Arafat avec son inséparable revolver -. Il me fallut beaucoup
de diplomatie pour convaincre le colonel libyen de n'être pas aussi formaliste.
Contrairement à la rencontre avec Bourguiba, l'entretien fut tendu, caractérisé
par la mine renfrognée de Nouira et le sourire de circonstance du Libyen.
Visiblement, Khouildi considérait cette rencontre comme protocolaire
: depuis son opposition à l'union de Djerba, Nouira apparaissait aux
yeux des Libyens comme un obstacle, l'adversaire numéro un de tous les
projets communs. La visite dura trois jours, marquée par différentes
discussions techniques et Khouildi repartit insatisfait. Comme il ne cessait,
dans nos conversations, d'opposer Bourguiba à Nouira, je dus même
le prier de s'abstenir de tels commentaires qui n'auraient d'autre effet que
de réveiller le nationalisme ou du moins l'amour propre tunisien, toujours
à fleur de peau dans ce genre de situation.
Après le départ
du visiteur libyen, le quotidien italien Il Messaggero publia le 23 février
une déclaration de notre Premier ministre :
"La Saipem,
opérant pour le compte de la Libye, est venue s'installer dans une zone
que nous considérons comme une zone de souveraineté tunisienne.
La mesure qui s'impose à l'évidence en pareille circonstance est
de demander à l'intrus d'évacuer les lieux (...) C'est ce qui
fut fait". Et la direction du parti de renchérir en proclamant que
"le peuple tunisien ne peut tolérer à ce sujet ni le marchandage
ni abandon".
Pour freiner l'escalade,
le ministre des Affaires étrangères, Chatti, s'employa à
rectifier le tir par une déclaration à Jeune Afrique :
"Je ne désespère
pas de voir les négociations reprendre entre les deux pays, soit pour
trouver directement une solution entre nous, soit à la suite d'un arbitrage
ou de l'entremise d'un comité de pays frères ou amis, soit enfin
par la désignation d'un commun accord d'experts internationaux".
Cependant fin mars, au retour d'une mission auprès du colonel Kadhafi,
il se montrait moins optimiste : "Il est exact que mes entretiens n'ont
pas été positifs, mais j'espère toujours les reprendre".
De mon côté, j'affirmai dans un discours : "La Tunisie évitera
jusqu'à la dernière limite les complications dangereuses".
Le 3 avril, Abdallah
Farhat, ministre de la Défense, déclara dans une réunion
d'une cellule du PSD : "Les autorités tunisiennes ont saisi les
tribunaux du pays à propos de la société italienne chargée
par la Libye d'entreprendre des travaux de prospection en zone maritime tunisienne".
Le Premier ministre
convoqua les ambassadeurs de France, des Etats-Unis, et des trois autres pays
du Maghreb, tandis que le ministre des Affaires étrangères se
rendait en mission en Irak et en Arabie saoudite.
L'Algérie,
fort intéressée par le passage en Tunisie du gazoduc, semblait
gênée et restait prudente dans ses déclarations. Belhadj
Amor, le secrétaire général du gouvernement, mesurant la
gravité du blocage des négociations tuniso-italiennes et conscient
des répercussions du conflit sur le projet italo-algérien, choisit,
le 3 avril, un ton apaisant : "Le retard enregistré est dû
à des problèmes économiques et non à des problèmes
politiques".
Chatti et moi-même,
nous nous efforcions de calmer certains de nos collègues jusqu'au-boutistes
et nous nous retrouvions, entre conciliateurs et extrémistes, dans une
situation comparable à celle qu'on observera plus tard dans le conflit
Parti-UGTT.
En fait, Bourguiba
aussi ne voulait pas être entrainé dans une aventure. Et afin de
détendre la situation devant le comportement négatif de ses principaux
collaborateurs, de lui-même et sans consulter personne, il m'appella,
et après un court échange de vues, il me donna instruction de
prendre contact avec la Libye pour régler le problème des prisonniers.
Ce qui fut fait le 6 avril à la frontière de Ras Jedir. Les services
intéressés des deux pays procédèrent à l'échange
: Nael, condamné à mort le 23 avril, contre nos soldats, enlevés
le jour même à notre frontière.
De son côté,
Habib Achour se rendit le 15 mai à Tripoli, officiellement pour régler
des problèmes syndicaux concernant les 30 000 ouvriers tunisiens. Mais
le Premier ministre lui demanda d'intercéder auprès du colonel,
lequel l'assura de ses bonnes dispositions tout en lui exprimant son étonnement
devant l'agressivité tunisienne : "la Libye ne procédait
qu'à des recherches pour faire gagner du temps aux uns et aux autres
et n'avait entamé aucune exploitation". Du reste, la veille de l'arrivée
d'Achour le 14 mai, la plate- forme italienne quitta les lieux. Au dire d'Achour,
le Premier ministre lui exprima ses félicitations pour son intercession.
Le lendemain, le
15 mai, l'ambassadeur libyen nous informait de la très prochaine relève
de la plate-forme italienne par une plate-forme américaine de la compagnie
Reading and Bates, toujours pour de simples recherches. Interpellé, l'ambassadeur
américain déplora l'intervention de cette société,
en ajoutant qu'il n'avait pas beaucoup de moyens légaux pour l'empêcher.
L'agence américaine United Press fit pourtant remarquer qu'en 1976, la
Tunisie avait demandé à une autre société américaine
d'entreprendre des recherches dans cette même zone et que le gouvernement
américain avait conseillé le refus pour ne pas susciter un éventuel
conflit.
Le 28 mai, à
23 heures, Reading and Bates, installé déjà sur le site,
commença ses travaux sous bonne escorte libyenne : un sous-marin et deux
corvettes. De plus un commando était parachuté sur la plate-forme
même. Dépité, Achour de retour, intervint auprès
de l'ambassadeur libyen qui répondit que "toute découverte
de pétrole dans une zone de souveraineté tunisienne serait restituée
à la Tunisie".
La confusion était
à son comble, malheureusement entretenue de part et d'autre depuis le
début de la controverse. Le gouvernement se réunit d'urgence,
et affirma que la Tunisie "était décidée à
user de tous ses droits pour faire respecter sa souveraineté". L'Assemblée
nationale se réunit à huis clos. Le Premier ministre déclara
: "Il importe que le peuple tunisien s'attache plus que jamais à
l'unité nationale, afin de faire face à tous les défis...".
L'ONU fut informée
et la Ligue arabe sollicitée d'intervenir. Notre mémorandum avançait
notamment : "La Tunisie donne priorité à l'action diplomatique
tout en se tenant prête à faire face à toute agression d'où
qu'elle vienne, quel que soit le prix à payer et les sacrifices à
consentir". Les ambassadeurs arabes et occidentaux furent à nouveau
convoqués. Les Etats-Unis appuyèrent notre requête. Le secrétaire
général de la Ligue Arabe, Mahmoud Riadh, se voulut rassurant
: "la Tunisie et la Libye étaient prêtes à la négociation
et à l'arbitrage".
Au bureau politique,
sur la suggestion du ministre de la défense Abdallah Farhat, on retira
notre corvette militaire de surveillance. En revanche, sa proposition de la
remplacer par un bateau de l'Office des pêches, afin d'impliquer la Libye
dans un problème humanitaire, ne fut pas retenue et donna lieu entre
nous à une explication houleuse.
Le 2 juin 1977, le
colonel Kadhafi, traitant Bourguiba avec une déférence filiale,
intervint à son tour :
"La solution
historique juste serait l'union. Mais nous n'envisagerons jamais de recourir
à la force (...) Une des solutions de cette affaire est dans ce que m'a
fait dire le Président Bourguiba : qu'il acceptait toute décision
d'arbitrage. On ne perd rien à faire des prospections du moment qu'on
est disposé des deux côtés à recourir à un
arbitrage et à s'incliner devant sa décision (...) La meilleure
solution réside dans la fusion des deux pays de façon que les
Libyens et les Tunisiens puissent se partager le pétrole venant non seulement
du plateau continental, mais de tout le désert".
En réponse,
la presse tunisienne déplora que "Kadhafi soutienne à la
fois l'arbitrage et le fait accompli". Ahmed Mestiri, chef du groupe des
"libéraux", fut reçu par Bourguiba et lui demanda de
"suspendre les mesures unilatérales afin de ne pas compromettre
l'avenir et de laisser sa chance à l'union souhaitée". Bourguiba,
par un communiqué de la Présidence, manifesta son approbation
à la démarche de Mestiri.
Le 4 juin, revenu
la veille d'une visite en Allemagne fédérale, je fus convoqué
chez le Président où je retrouvai le Premier ministre. L'heure
était grave, car l'escalade des mesures militaires entre nos deux pays
pouvait, à tout instant, provoquer un incident qui ferait franchir à
l'un ou à l'autre le point de non-retour. Beaucoup, parmi nous, se préparaient
à la guerre. Tout dépendait donc maintenant de Bourguiba : qu'allait-il
décider ?
D'emblée,
sans avis, ni discussion préalable, le Président, se référant
au discours de Kadhafi du 2 juin, nous informa qu'il avait déjà
convoqué le représentant libyen, pour lui dire sa satisfaction
d'entendre Kadhafi affirmer son intention de négocier. Nous fûmes
stupéfaits.
Bourguiba reçoit
alors Abdelhamid Zentati, le haut représentant libyen en la seule présence
de Chedli Klibi et de moi-même, et lui répéte ce qu'il nous
avait déjà dit devant le Premier ministre. Il ordonne de faire
publier une déclaration officielle de la Présidence qui affirma
: "L'entretien du chef de l'Etat et de l'ambassadeur libyen fut constructif
pour la concrétisation des aspirations des deux peuples, pour le rapprochement
et l'approfondissement de leurs relations de fraternité".
Bref, Bourguiba,
une fois de plus, sauvait la situation. De la même manière qu'
après l'affrontement de Bizerte, il s'était emparé de la
phrase du général de Gaulle dans sa conférence de presse
de septembre 1961, selon laquelle "la France ne resterait pas indéfiniment
à Bizerte" - en ignorant délibérément tous
les autres passages où le Général justifiait l'intervention
de la France -, de même décidait-il aujourd'hui de ne retenir du
discours du leader libyen que son accord sur l'arbitrage acceptant implicitement
le programme libyen de simple prospection, et occultant l'insistance de Kadhafi
pour l'union.
Dès lors,
tout alla très vite. Le 5 juin, Bourguiba convoqua le bureau politique,
qu'il ne présidait que très rarement. Il constata que la Libye
acceptait l'arbitrage et, tirant un trait sur les thèses contraires,
ajouta que les prospections en cours dans la zone litigieuse n'impliquaient
pas à priori que cette zone relève de la souveraineté du
pays qui procédait à ces opérations. Il fallait, conclut-il,
éviter tout ce qui pouvait conduire à l'affrontement pour instaurer
un climat propice au dialogue.
La Ligue arabe fut
mise à contribution ; et sous l'égide de son Secrétaire
général, Mahmoud Riadh, les deux ministres des Affaires étrangères
tunisien et libyen, Habid Chatti et Ali Triki, confirmaient, le 10 juin, le
recours au tribunal de la Haye. Nous renoncions à l'exploitation commune
du plateau. Nous perdions ainsi ce qui avait été acquis par le
communiqué commun signé une année auparavant, le 26 août
1976, par Tahar Cherif et moi-même. Pis, nous acceptions que les Libyens
poursuivent les travaux avec la plate-forme américaine. Cet accord boîteux
du 10 juin fut notifié à la Cour, le 25 novembre 1978, et stipulait
dans son article I, qu'il était demandé à cette instance
de décider "des principes et règles du droit international
qui peuvent être appliquées pour la détermination du plateau
continental appartenant à la Tunisie et celui appartenant à la
Libye".
Notre requête,
formulée par une équipe de techniciens, conduite par l'ambassadeur
Néjib Bouziri, évoquait entre autres "nos droits et nos traditions
historiques reconnues en matière de pêcherie sédentaire
ou fixe, confirmés par la géomorphologie et la barymétrie".
Bouziri ne cessait de nous affirmer, malencontreusement, notre bon droit d'une
façon absolue, et nous prédisait un succès total devant
la Cour de La Haye. La Libye, pour sa part, choisissait la géologie :
selon Tripoli, la tectonique des plaques montrait que le continent africain
subissait une poussée géologique vers le nord. La Tunisie soutenait,
au contraire, que la plaque glissait vers l'est. Mais les deux parties étaient
dans l'impossibilité de dire exactement où s'arrêtaient
ces poussées.
L'arrêt de
la Cour, comprenant 94 pages, fut rendu le 24 février 1982. Contre toute
notre attente, il était favorable à la thèse libyenne,
le vote étant acquis par 10 voix contre 4. La ligne de démarcation
partait de Ras Jedir à un angle de 26 degré environ avec le méridien.
Ainsi, la quasi- totalité des gisements de la zone litigieuse passait
du côté libyen. Selon la Cour, le comportement des parties, depuis
1955, avait dessiné une limite séparant de facto les zones des
concessions ; le dernier était celui du permis complémentaire
off shore du golfe de Gabès octroyé par la Tunisie le 21 août
1966 et dont les limites sud-est respectaient la ligne de l'angle de 26 degré...
La Cour rejetait
la thèse tunisienne concernant nos droits historiques, et retenait celle
de la Libye qui se référait à une délimitation effectuée
à la veille de la première guerre mondiale par le gouvernement
italien pour la surveillance de la pêche dans les eaux de la Tripolitaine
et de la Cyrénaique. Cette ligne, qui n'avait pas été contestée
par le protectorat français, devenait pour la Cour la véritable
"frontière maritime entre les deux Etats".
Le quotidien Le Monde
(25 février 1982) n'hésitera pas à écrire : "Il
n'est guère contestable que le pétrole libyen a pesé simplement
plus lourd que les éponges tunisiennes".
Le 2 février
1982, à Sfax, répondant à l'exigence de Bourguiba, le colonel
Kadhafi nous restitua l'original de la "Déclaration" unitaire,
signée à Djerba le 12 janvier 1973, qui était à
l'origine de tous les problèmes avec la Libye.
Bourguiba considérait
ainsi avoir récupéré sa signature et effacé son
engagement. L'Histoire en jugera.
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