7. - Le
printemps démocratique et l’échec du pluralisme
La
décennie 80 aurait dû être celle de la démocratisation
du système, après tous les aléas de la décennie
précédente et surtout après les événements
du “Jeudi noir”, ce soubresaut populaire, dont nul n’avait prévu l’ampleur.
Il fallait vite circonscrire “l’explosion” et ses conséquences sur le
plan sécuritaire, mais il fallait aussi réfléchir rapidement
à la solution politique.
Les séquelles étaient pénibles, aussi bien pour les nouveaux
responsables que pour les partants. De notre côté, mes camarades
démissionnaires et moi-même, conscients des complications qui ne
manqueraient pas de surgir, décidâmes de nous isoler, provisoirement,
dans nos villages respectifs. A Hammamet je me retrouvai en effet plutôt
seul : des rumeurs étaient soigneusement entretenues, dissuadant de toute
visite, sauf pour les membres de ma famille. A Tunis, dans le même temps,
la population se terrait bien avant l’heure officielle du couvre-feu, lequel
sera maintenu près de trois mois, jusqu’en mars 1978.
C’est dans cette atmosphère que, le 25 février au soir, un ami,
Tarak Ben Amar, neveu de la Présidente, producteur de cinéma,
vint me supplier de quitter rapidement Hammamet et si possible la Tunisie :
de source sûre, il me disait redouter quelque agression ou autre violence.
Le soir même, mon beau-frère m’emmenait à Tunis chez le
vieux militant Béchir Zargayoun où je passai clandestinement la
nuit avant de repartir le lendemain, dès 7 heures, pour Marseille. Grâce
à certaines complicités à l’aéroport, j’avais pu,
sans causer d’alerte, embarquer sur le premier avion. Je sus par la suite qu’une
demi-heure après, le Premier ministre Nouira, en homme d’Etat, n’avait
pas obtempéré aux injonctions des “faucons” qui voulaient faire
revenir l’avion à Tunis.
De Marseille, je gagnai aussitôt Nice où, pendant huit mois d’exil,
je pus apprécier l’hospitalité française et l’appui de
nombreux amis français et étrangers. Je m’interdis cependant toute
déclaration, d’abord parce que je ne voulais pas critiquer mon pays de
l’extérieur ; ensuite parce que je savais, par expérience, que
de telles situations n’avaient rien d’irréversible.
Wassila Bourguiba, pour sa part, avait prétexté de consultations
médicales pour se rendre quelques jours plus tard à Paris où
elle resta près de trois mois. Il fallut que Bourguiba y vînt lui-même,
en juillet 1978, pour la convaincre de rentrer : et je tins de notre ambassadeur
Hédi Mabrouk, fin politique et bel homme de société, qu’une
difficile explication avait opposé les deux époux quant aux responsabilités
politiques au sommet dans le drame du Jeudi noir. Nul doute que les réflexions
du Président en furent enrichies : dès octobre, je regagnai donc
Mahdia, dont j’étais maire depuis 1975 et où me réconforta
le chaleureux accueil de la population : accueil qui acheva de me convaincre
que mon limogeage, un mois avant le Jeudi noir, avait été en définitive
une chance en m’évitant d’être impliqué dans le drame.
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