1.
- BOURGUIBA : le Jugurtha qui a réussi
“ La pérennité de Bourguiba ”
Bien entendu, en trente ans de pouvoir
absolu, ce que Bourguiba vivait comme une osmose entre lui-même et son pays,
tourna aisément au culte de la personnalité, son attachement à la puissance et
à la gloire étant amplifié par tous les courtisans. Et ne parlons pas des
médias ! Sa photo était quotidiennement en première page. Comme l’écrivait
l’organe du parti : L’Action, (juin 1966) : “Bourguiba n’est pas
seulement le chef d’Etat qui réussit, l’homme politique qui triomphe, le leader
qui entraîne. Plus, c’est celui qui hante nos esprits en permanence, qui est
présent dans chacun de nos actes...”.
On ne risquait d’ailleurs pas de l’oublier.
Dans toutes les villes, dans tous les villages, la rue principale portait son
nom. Il avait même obtenu, lors de son périple, en 1965, dans dix pays
d’Afrique, une avenue dans chaque capitale. Non loin de Bizerte, Ferryville (du
nom de Jules Ferry), avait été rebaptisée Menzel Bourguiba. Et la cellule où il
avait été interné, à la prison militaire de Tunis, était devenue un petit musée
qu’il faisait visiter à ses hôtes et où l’on racontait comment il avait dormi
la main sous la joue, à même le sol cimenté.
Ayant l’obsession de sa place dans
“l’histoire”, il s’employait à la traduire, symboliquement, de toutes les
façons possibles, des plus élémentaires aux plus subtiles. Outre ses bustes,
installés dans les halls des grands instituts, ses statues étaient érigées dans
presque toutes les villes. Monastir étant le lieu de sa naissance, il s’était
fait représenter en collégien devant la mairie. A Tunis (place d’Afrique),
c’est à cheval qu’il figurait — avant d’être déplacé récemment à La Goulette,
là où il était effectivement arrivé le 1er juin 1955. — Mais comme son épopée
personnelle devait s’inscrire plus amplement dans l’histoire, il avait fait
dresser dans la salle du Conseil des ministres, au palais de Carthage, les
effigies des héros de la Tunisie : Hannibal[1],
Jugurtha[2],
Ibn Khaldoun et Saint Augustin[3].
Un cinquième piédestal attendait son propre buste.
Plutôt que de Saint Augustin et d’Ibn
Khaldoun, comme on peut s’en douter, il se sentait proche de Jugurtha et
d’Hannibal. Au général carthaginois, il vouait un tel culte qu’il s’était mis
en tête de ramener ses cendres à Tunis. En 1968, alors que j’étais responsable
de la Sûreté nationale, il décida de se rendre à Istambul en “visite privée”.
Je l’y accompagnai, connaissant ses intentions et un peu perplexe quant au
résultat. Reçu avec le protocole d’une visite d’Etat, il ne se laissa pas
détourner de son idée et demanda aussitôt à se rendre sur la tombe d’Hannibal
traditionnellement située sur les rives de l’Hellespont (les Dardanelles). Très
gênés, les Turcs tentèrent vainement d’éluder ce souhait. Bourguiba, insistant
véhémentement, sans la moindre périphrase diplomatique, nos hôtes finirent par
nous amener, presque dans le désert, sur un monticule où se dressait une petite
construction vétuste : le présumé tombeau d’Hannibal. Aussi bouleversé par la
proximité supposée de son héros que par l’état d’abandon de sa sépulture, le
Combattant suprême gémit et fondit en larmes. Durant près d’une heure, devant
nos hôtes qui ne savaient quelle contenance adopter, il resta là, à méditer
entre deux sanglots... Nous passâmes une semaine en Turquie et chaque jour, à
tous les officiels, Bourguiba ne parla que de son désir de ramener en Tunisie
les restes d’Hannibal avec lui, dans son avion. Pour essayer d’atténuer sa
déception, les Turcs firent leur autocritique : oui, ils avaient failli à
l’histoire en n’honorant pas comme il convenait ce héros de la lutte contre
l’impérialisme romain, mais ils lui construiraient un grand mausolée qui
symboliserait, en outre, la fraternité entre nos deux pays. Bourguiba eut du
mal à cacher sa déception. Néanmoins, il rapporta avec lui une fiole remplie de
sable qu’il avait recueilli lui-même sur la tombe d’Hannibal.
Le Combattant suprême vivait avec sa
chronologie historique. La sienne et uniquement la sienne, qu’il voulait ancrer
dans la mémoire des Tunisiens. Ce pays avait, certes, une histoire, mais il
l’occultait dans son ensemble et n’en évoquait certains épisodes que pour
étayer sa propre histoire et confirmer, en conséquence, sa vision.
En mars 74, fut instituée le “Prix
Bourguiba” : prix mondial de la coopération” honorant une institution ou
une personne qui s’était distinguée dans le domaine humain, économique ou
scientifique. Son comité d’honneur était composé d’éminents chefs d’Etat
notamment : Pompidou, Tito, Quabous et Houphouët. Le comité exécutif
comprenait ses plus proches : Bourguiba junior, Sayah, Klibi, le docteur Amor
Chedli et moi-même.
La nation tunisienne, à ses yeux, était
“née” le 3 août 1903, date présumée de sa naissance [repoussée à 1901 par ses
proches]. A Monastir, à son anniversaire, des festivités étaient rituellement
programmées pour symboliser “la reconnaissance de la nation envers son
libérateur”. Bourguiba nous incitait à célébrer le 3 août après sa mort et
“indéfiniment” : c’est un trait qu’il partageait avec Tito, le chef d’Etat
yougoslave, qui avait pensé imposer la même volonté pour son anniversaire. Plus
significativement encore, la date de notre fête nationale ne correspondait pas,
comme dans la plupart des pays, à celle de l’indépendance, le 20 mars 1956
(quand même jour férié), mais à celle du grand retour de Bourguiba dans son
pays, le 1er juin 1955.
Moment “providentiel” s’il en fût,
coïncidence ou choix prémédité [il ne nous l’a jamais dit], c’est la date même,
quinze siècles plus tôt, le 1er juin 411, à Carthage, du triomphe de Saint
Augustin sur les donatistes et la consécration de l’unité de l’Eglise.
Le 3 septembre 1934 était une autre date clé
pour le Combattant suprême, celle où il avait engagé le peuple tunisien dans la
lutte anti-coloniale, après sa propre déportation vers le sud. Pour la
commémoration de cet événement, Bourguiba choisissait personnellement le
conférencier, se donnant ainsi l’occasion de lui exprimer sa confiance et de le
faire valoir parmi ses pairs politiques. Ainsi furent tous les 3 septembre
pendant trente ans où, à Monastir, les responsables choisis dissertaient, se
cantonnant toujours au domaine historique. Ce fut mon tour en 1976, j’étais
ministre de l’Intérieur. D’emblée, je relativisai l’épreuve :
“Nous avons eu nombre d’événements, nombre
de batailles, nombre d’exploits politiques (...) qu’ont vécu plusieurs de nos
villages, plusieurs de nos régions, qui doivent être commémorés sur place et
évoqués régulièrement à l’intention des jeunes (...) Nos enseignants et nos
étudiants doivent faire une place à l’étude de ces événements dans les
enseignements et dans les thèses d’étude. Au delà de la relation, nous devons
être en mesure d’en faire l’analyse et d’en dégager l’enseignement pour le
présent et le futur (...) Nous n’avons pas à esquiver les problèmes de fond.
Tout responsable doit être en mesure de comprendre le langage des
générations montantes (...) Nombre de jeunes qui n’ont pas vécu 1934 ou 1952,
éprouvent le désir intense d’entrer de plain-pied dans la vie militante au
service du pays (...) Une situation économique nouvelle est née (...) Il est
nécessaire de concilier les exigences de toutes les catégories sociales (...)
La démocratie résidera dans la complémentarité des tendances, non dans la
confrontation (...)”.
Le rituel était rompu, des “partisans” me
reprochèrent d’exploiter “l’histoire”, mais Bourguiba m’en félicita
chaleureusement, à la surprise de certains de mes collègues qui s’attendaient au
reproche...
Le 29 mai 1981, alors ministre de
l’Information, j’invitai Charles André Julien, le célèbre historien français,
au séminaire de l’Histoire du mouvement national, organisé pour la première
fois par mon département. Eminent érudit, écrivain admiré notamment par
Bourguiba, depuis la parution de son ouvrage : “L’Afrique du Nord en
marche[4]”,
sa contribution, en présence du doyen de l’université de Rabat et de
l’ambassadeur de France à Tunis, ranima le débat et intéressa vivement l’université
tunisienne... Au déjeuner, Bourguiba, subjugué par la prestance physique de cet
homme de 90 ans, ne manqua pas de faire un parallèle avec lui-même et nous
répéta : “Quelle lucidité à plus de 90
ans. C’est un trésor, cet homme-là. On peut donc continuer son combat à cet âge
! ”
J’invitai aussi, en 1982, au nom du
Président, Michel Droit, le journaliste assidu du général de Gaulle. Bourguiba
fut intéressé un moment, par l’idée que ce dernier supervise ses mémoires, mais
le projet n’alla pas plus loin : le directeur du parti, Sayah, tenant à rester
son mémorialiste attitré.
D’autres réunions plus insolites furent
organisées avec de vieux militants qu’on avait déterrés et à qui nous
demandions d’évoquer leurs souvenirs. La réunion de la cellule du quartier de Bab
Jedid permit aux langues de se délier sur les pénombres de notre histoire.
Mais on n’apprécia guère dans le parti que les narrateurs “officiels” fussent
ainsi bousculés. Et les choses en restèrent là.
Pour Bourguiba, sa vie personnelle se confondait
avec sa vie politique et celle-ci avec l’histoire de son pays. Rien de ce qui
le concernait ne pouvait être indifférent au destin de la nation. Quand il
entreprit de faire, à l’Institut de presse, devant tous les cadres
tunisiens, une série de conférences sur “L’histoire du mouvement national”, il
fit tranquillement alterner les réflexions politiques et les anecdotes sur sa
vie privée et intime. Ainsi allait-on assister, au fil des ans, à une étonnante
identification réalisée par Bourguiba entre la Tunisie et sa propre personne,
une identification presque charnelle, et qu’il voulait toujours présente.
Au palais de Carthage, sur son bureau, seul
le portrait de Pierre Mendès-France trônait ostensiblement, en face de tous ses
interlocuteurs. Les deux hommes qui avaient “élaboré” ensemble, en 1954,
l’autonomie interne de la Tunisie, s’estimaient profondément.
Dans le long couloir qui allait de son
bureau à la salle à manger, couloir qu’il traversait quotidiennement et
qu’empruntaient tous les ministres, il y avait une vingtaine de grands
portraits de tous les beys qu’il avait fait amener de l’ancien palais beylical
du Bardo, transformé depuis en siège de l’Assemblée nationale. Lui, qui avait
aboli la monarchie, en exposait solennellement tous les titulaires
Bourguiba avait fait peindre, à partir de
photos, des tableaux historiques retraçant certaines phases glorieuses. Il en
faisait faire le tour à tous ses grands visiteurs. Il s’attardait chaque fois,
exceptionnellement, sur un portrait que je lui avais rapporté de Dakar en 1964,
et qui était l’œuvre clandestine d’un matelot français dans le petit bateau qui
l’amenait le 21 mai 1954 dans l’île de Groix, en Bretagne. Le cliché le
représentait, à côté d’un policier français, profondément pensif, la main sur la
joue, courbé sur sa canne. Devant ce tableau, le Combattant Suprême étalait
pathétiquement sa détresse rétrospective : “A l’époque je pensais que tout
était fini...”.
Dans d’autres circonstances, Bourguiba dut
se poser aussi bien des questions : en premier lieu, après l'accord sur l’autonomie interne, lors de la crise
youssefiste, où il fut fortement décrié ; une deuxième fois, lors du congrès
“rebelle” de Monastir I, en 1971, où il fut sérieusement contesté par une
fraction de ses partisans et où la guerre de succession éclata sans vergogne.
Ulcéré, il tint à “effacer” ce congrès par celui “fidèle” de Monastir II en
1974, où il fut nommé président à vie du parti.
Moins de six mois après, le 18 mars 1975, à
l’anniversaire de l’indépendance, après une réforme de la constitution, il fut
élu par les députés chef d’Etat à vie d’une façon “exceptionnelle” : pour
Bourguiba, c’était sa consécration politique, incontestablement et
définitivement.
Un mois plus tard, encore un 12 avril — date
devenue fatidique, du moins pour son entourage — il déclarera à l’Assemblée
nationale :
“Le fait de me désigner à vie à la tête de
l’Etat ne peut être qu’un hommage de reconnaissance rendu aux yeux du monde
entier à un homme dont le nom s’identifie à la Tunisie (...) Oui, j’ai nettoyé
le pays de toutes les tares qui l’enlaidissaient, j’en ai extirpé les mauvaises
coutumes, je l’ai libéré du joug qui l’asservissait (...). Mon passage à la
tête de ce pays le marquera d’une empreinte indélébile pendant des siècles”.
Bourguiba était persuadé de mourir très
tard, son frère et sa sœur ayant vécu presque centenaires, assez diminués, il
est vrai. Mais comme il savait bien que cela arriverait un jour, il s’efforça
de régler lui-même tous les détails du grand événement. A Monastir, dont il
voulait faire une “ville-souvenir”, non seulement pour les Tunisiens mais pour
le monde entier, il se fit donc édifier dès les années 1960, un somptueux
mausolée qu’il ne cessa d’ailleurs de réaménager : peut-être, croyait-il à la
légende selon laquelle “toute tombe, une fois terminée, n’attend pas longtemps
son destinataire”. Cent fois, il modifia les phrases qui devaient être
inscrites dans la pierre et sur les boiseries de la porte centrale ; et pour
parfaire l’ouvrage, son architecte conseil, Clément Cacoub, dut aller partout
dans le monde visiter les plus célèbres monuments funéraires.
Cependant, malgré le mausolée pompeux de
Monastir, on le convainquit en 1980, que la sépulture du Combattant suprême ne
pouvait être que dans la capitale. Aussitôt, il chargea son architecte de
travailler sur l’emplacement d’un autre sanctuaire, à Tunis, où les chefs
d’Etat viendraient ainsi mieux honorer sa mémoire, à l’exemple du mausolée
grandiose de Mohamed V à Rabat. Le projet, bien que sérieusement envisagé, n’eut
pas pourtant de suite.
Bourguiba fit même confectionner son
cercueil dès 1976. Mieux, il voulut aussi réglementer le cérémonial de ses
funérailles. Nous étions à la fin de janvier 1977 et il venait de passer près
de trois mois en soins intensifs à Genève. Convoqué expressément à Monastir, je
trouvai sur place Mohamed Sayah et Bourguiba junior qui se demandaient, comme
moi, la raison de cet appel urgent. Introduits chez le Président, nous le
trouvâmes exalté, dans un état presque second. Durant plus d’une heure, il nous
prit à témoin de ses dernières volontés. Bizarrement, il n’avait pas appelé
Nouira, bien que celui-ci fût à l’époque, son Premier ministre et donc son
dauphin officiel.
Nous étions en quelque sorte “ses trois
fils” : expliqua-t-il, et c’est à nous qu’il voulait confier
l’organisation prestigieuse de ses funérailles :
“Dès sa mort, Bourguiba junior devait
informer une série de chefs d’Etat, dont il dresserait la liste, afin que le
maximum d’entre eux puisse venir. Pour cela, il convenait de différer de deux
jours, après l’annonce de son décès, le déroulement des obsèques. Et surtout,
parce qu’il fallait associer au deuil la Tunisie entière, son corps devait être
amené lentement, solennellement, de Carthage à Monastir. Ne laissant rien au hasard,
il avait divisé le parcours de 140 kilomètres entre les deux villes, de façon
que chacun des vingt gouvernorats soit chargé de faire transporter son cercueil
sur une distance égale”.
Tout plein de son sujet, il nous raconta
avec émotion les obsèques de Winston Churchill, les funérailles du général
Dwight Eisenhower. Il nous apprit qu’étudiant à Paris, il avait suivi, de bout
en bout, la cérémonie du transfert au Panthéon des cendres de Jean Jaurès : un
événement qui, de toute évidence, l’avait marqué. Il tenait à ce que son propre
enterrement ne soit pas moins grandiose et, avant de trouver place lui-même
dans son mausolée, il y avait fait transférer les corps de son père, de sa mère
et de Mathilde, sa première femme convertie à l’islam sous le prénom de
Moufida.
Bourguiba, lui, n’était aucunement
fataliste, mais l’éternité, du moins morale, était une obsession chez lui, une
idée absolument pharaonique. Il vivait sa légende. En 1972, il envoya son
ministre des Affaires étrangères à Moscou, porteur d’une lettre personnelle au
chef de l’Etat de l’URSS, Brejnev, pour lui demander le secret de la
momification. Masmoudi était chargé de dire que Bourguiba valait bien Lénine et
les autres chefs d’Etat des pays socialistes. Le ministre fut éconduit, et
Bourguiba en voulut aux dirigeants de ce pays.
Ce culte de la personnalité — je passe sur
ses aspects les plus caricaturaux — aurait sans doute été moins accepté s’il
n’y avait eu réellement, une certaine identification entre le destin de
Bourguiba et celui de la nouvelle Tunisie. En se présentant comme son
“bâtisseur”, celui qui la modela pendant plus de trois décennies, il ne force
pas le trait. Comme Kemal Atatürk pour la Turquie, avec autant d’autorité mais
moins de brutalité, il a forgé une nation en la faisant entrer dans la
modernité.
Dans un discours en juin 1973 à Genève, à la
conférence de l’OIT, il esquissa en ces termes une définition de ce qu’il
tenait pour son rôle historique : “D’une poussière d’individus, d’un magma de
tribus, de sous-tribus, tous courbés sous le joug de la résignation et du
fatalisme, j’ai fait un peuple de citoyens. Mais j’ai peur de ce que j’ai
appelé un jour le “démon des Numides”, ce démon qui pousse à la désunion, aux
luttes intestines, qui nous a fait rater notre histoire après la révolte de
Jugurtha”.
Tel était Bourguiba, comme je l’ai vécu
pendant près de trente ans et dont le portrait, seulement esquissé ici,
pourrait être indéfiniment enrichi, tant il présente de multiples facettes.
Lui-même, au demeurant, ne cessait de s’étonner d’être Bourguiba, bien que tout
le lui rappelât. En 1983, recevant un tout jeune ministre, on le vit soudain
sortir de son bureau en criant :
“Qu’est-ce que c’est que ces ministres ? Ces jeunots qui ne pigent
rien...
On le calma et il reprit :
— Je
ne comprends pas (...) Je l’avais en face de moi, il avait la tête baissée, il
n’arrivait même pas à répondre, il rougissait.
On finit par passer à table, mais le
Président, contrairement à l’habitude, restait silencieux, méditatif. Puis,
tout à coup, comme saisi par une illumination, il tapa sur la table et
s’exclama :
— Je comprends : il était devant Bourguiba !
Un autre jour, Amintore Fanfani, Président
du conseil italien, lui rendant visite remarqua sur son bureau un livre sur
Jugurtha. Bourguiba lui répondit :
— Oui, je suis un Jugurtha qui a réussi ! Il a fallu des millénaires...”